Note de Charlotte Mason Poetry : L’une des questions les plus courantes que nous entendons est de savoir comment gérer l’école à la maison avec plusieurs enfants d’âges et de niveaux différents. Cette question n’est pas nouvelle ; elle a mis au défi les enseignants depuis des générations. Essex Cholmondeley, confidente et biographe de Charlotte Mason, a répondu à cette question et à d’autres dans un article de 1927,  « Notes et Questions ». Nous espérons que vous le trouverez encourageant.

Note de CMF : P.U.S. signifie « Parents’ Union School », il s’agit d’une école dans laquelle les enfants suivent les méthodes et la philosophie de Charlotte Mason.

Notes et Questions
The Parents’ Review, 1927, pp. 411-413

I. Le premier trimestre à la P.U.S.

Un professeur écrit que le premier trimestre à la P.U.S. a été difficile. L’un des problèmes est de faire travailler joyeusement des enfants d’âges et de Forms différents, un autre est l’emploi du temps de la Form I, car les temps de leçon sont trop courts et que l’on perd du temps entre le changement et la mise en place de la leçon suivante.

Il est très fréquent de constater que le premier trimestre est difficile. Le professeur et les enfants doivent s’habituer à de nouvelles méthodes et prendre de nouvelles habitudes de travail. Les enfants sont parfois perplexes et le professeur se sent dépassé. Personne ne peut savoir à l’avance qu’une surprise les attend au deuxième trimestre : que de nombreux problèmes se résoudront d’eux-mêmes et que la joie des enfants dans leur travail fera oublier les efforts déployés jusque-là.

Supposons que John ait six ans, que Mary ait sept ans et demi et que Jane ait neuf ans et demi. Lorsque l’on commence à travailler dans une P.U.S., il est très tentant de laisser John et Mary travailler entièrement ensemble et de donner la même leçon d’Histoire aux trois enfants. Les meilleurs résultats sont obtenus par les enseignants qui ne tergiversent pas, qui se jettent à l’eau et qui, dès le début, essaient de faire travailler les enfants dans les Forms qui conviennent à leur âge. John sera dans la Form IB, Mary dans la Form IA et Jane dans la Form IIB. L’institutrice aura six ou sept semaines très inconfortables ; elle devra expérimenter les heures de cours et découvrir comment elle peut atteindre un arrangement idéal et réussir à être toujours là où on a le plus besoin d’elle. Les enfants devront passer par une période pénible à prendre les habitudes essentielles de faire de leur mieux quand la professeure est occupée ailleurs, d’utiliser leurs propres ressources et de travailler pendant dix minutes tout seuls, sans perdre de temps. Pendant ces semaines, le travail n’est pas confortable, et si l’institutrice est avisée, elle se tourne vers les livres de Mlle Mason et se fortifie en réfléchissant aux principes et aux idées qui sous-tendent les détails de ses luttes quotidiennes. Vingt minutes par jour passées en compagnie de la pensée et de l’amour de Mlle Mason pour les enfants est une expérience très apaisante et dissipe l’agitation. A la fin du premier trimestre, l’enseignante et les enfants se connaissent et connaissent leurs besoins, et l’enseignante est en mesure de dresser une liste assez précise des matières pour lesquelles chacun des enfants a besoin de son attention particulière. L’emploi du temps peut être établi en conséquence.

« La principale difficulté avec la Form I est que j’essaie de respecter l’emploi du temps de la P.U.S. et de donner des leçons courtes. Je trouve que quinze minutes sont trop courtes pour les « Contes » et que dix minutes sont presque inutiles pour le français » (lettre d’un professeur). Oui, l’enseignant a raison, ces durées semblent trop courtes pour le premier trimestre, mais elles sembleront parfaitement adéquates pour tous les autres trimestres de la Form I. Ici encore, il est préférable de débuter en appliquant audacieusement les horaires de la P.U.S. et de former des habitudes chez l’enseignant et chez les enfants qui permettront de faire le travail dans les temps impartis. Les enfants doivent être alertes et volontaires, l’enseignant doit être vif et lucide. Un coup d’œil sur l’emploi du temps montre qu’il y a quatre périodes de vingt minutes, chaque matin, dont l’une est consacrée aux mathématiques ou aux travaux manuels. Les trois autres sont consacrées aux livres qui fournissent les idées vivantes sur lesquelles l’esprit travaille et dont il se nourrit. Les leçons de dix minutes sont consacrées à des sujets qui font appel à la mémoire plus qu’à l’esprit et, pour ce genre de travail, dix minutes sont amplement suffisantes, pourvu que de bonnes habitudes de travail prédominent.

Un observateur impartial peut remarquer que l’attention d’un enfant de Form I (six à huit ans) faiblit infailliblement après vingt minutes de concentration complète sur un sujet. Le temps passé sur le même sujet après l’apparition de ce signe d’affaiblissement est du temps perdu. Les choses que nous apprenons avec une attention de second ordre, non éclairée et laborieuse, sont vite oubliées et ne pénètrent pas dans notre esprit. Une enseignante passionnée, désireuse de dispenser une leçon qu’elle a soigneusement préparée, ne voit pas toujours les signes indiquant que le vent a tourné et que l’attention s’éloigne plus qu’elle ne s’y dirige de son château de sable soigneusement construit, que les vagues ne sont plus aussi énergiques et prometteuses. Elle doit construire là où la marée monte, sinon son château est inutile.

Les personnes qui pensent au travail du trimestre leçon par leçon sans balayer en imagination l’ensemble du travail du trimestre, à l’école et en dehors, sont tentées de donner des leçons complètes d’une demi-heure plutôt que de se contenter de leçons moins complètes de vingt minutes. Une petite fatigue sur une leçon d’histoire ne semble pas avoir beaucoup d’importance sur le moment. Mais un peu de fatigue aujourd’hui, ajouté à un peu de fatigue demain, enlève l’énergie du travail d’un trimestre et détruit inévitablement le vif intérêt. C’est pour éviter les maux d’un travail en demi-teinte et d’une attention apathique chez les enfants de dix ou douze ans que les professeurs de la P.U.S. sont instamment priés d’utiliser les leçons courtes et variées pendant les premières années d’école. – Essex Cholmondeley.

II. Les occupations des enfants de moins de six ans.

« Je vous remercie de m’avoir envoyé le feuillet sur ce sujet.

Ce n’est que très rarement que je constate que les parents veulent envoyer leurs enfants à l’école ici avant qu’ils aient six ans. Je pense que c’est peut-être parce que les parents vivant en ville se rendent compte que leurs enfants ont besoin d’air frais et de baigner dans un milieu naturel, propre à leur âge, autant que possible. Parfois, j’accepte de prendre des garçons avant l’âge de six ans, parce qu’ils ne restent pas si longtemps à la P.U.S. Je dis toujours aux parents qu’il n’y a rien à gagner à envoyer leur enfant « juste pour écouter mais pas pour travailler », parce que je trouve que lorsque ces enfants atteignent l’âge scolaire, il est deux fois plus difficile pour eux d’apprendre à se concentrer et à participer pleinement au travail de la classe s’ils sont du genre paresseux. Même ceux qui ont envie d’apprendre n’y gagnent rien à la longue, car bien qu’au début ils puissent devancer ceux qui sont plus âgés qu’eux, tôt ou tard, la nature s’affirme et il y a un relâchement.

Plus j’enseigne, plus je suis convaincue de la justesse des idées et des méthodes de Mlle Mason, et du fait que ce n’est qu’en les suivant honnêtement, sans rien changer, que l’on peut espérer obtenir les résultats qu’elle visait. » – (De la directrice d’une école P.N.E.U.).

Version française de l’article publié par Charlotte Mason Poetry avec leur autorisation. (Traduction ©2022 Maeva Dauplay. Relecture : Charlotte Roman)

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